Vous venez de remarquer que votre chien a les yeux rouges et vous vous demandez si c’est grave. Cette rougeur peut aller d’une simple irritation passagère à un problème sérieux qui nécessite une intervention rapide. L’essentiel, c’est de savoir reconnaître les signes qui doivent vous alerter et de réagir au bon moment. Voici ce qu’il faut comprendre pour prendre les bonnes décisions.
Ce que signifie vraiment un œil rouge chez le chien
L’inflammation, réaction de défense
Un œil rouge, c’est d’abord une inflammation. Les vaisseaux sanguins qui parcourent la sclère (la partie blanche de l’œil) et la conjonctive (la membrane qui tapisse l’intérieur des paupières) se dilatent en réponse à une agression. Cette agression peut venir de l’extérieur, comme un grain de poussière ou un coup de griffe, ou de l’intérieur, comme une infection ou une maladie.
Quand ces vaisseaux gonflent, ils deviennent visibles. C’est ce qui donne cet aspect rouge caractéristique. L’inflammation n’est pas une maladie en soi, mais un signal d’alarme. Votre chien vous dit que quelque chose irrite ou attaque son œil.
Un seul œil ou les deux : ce que ça change
Si un seul œil est rouge, pensez d’abord à un problème localisé. Un traumatisme, un corps étranger (épillet, brindille, grain de sable), une griffure lors d’une bagarre. C’est souvent plus urgent à vérifier, surtout si votre chien garde l’œil fermé ou se frotte avec insistance.
Si les deux yeux sont touchés, l’origine est souvent générale. Une allergie au pollen, une infection virale ou bactérienne, une exposition à un irritant ambiant comme la fumée de cigarette ou un produit ménager. Ça reste à surveiller de près, mais c’est rarement une urgence absolue si votre chien ne montre pas de douleur intense.
Les causes fréquentes et bénignes
Irritation passagère
Nos chiens vivent à hauteur de sol. Ils sont exposés à tout ce qui traîne : poussière, sable, pollen, fumée, produits de nettoyage vaporisés. Après une longue balade en forêt ou une journée venteuse, il n’est pas rare de constater une légère rougeur oculaire.
Cette irritation disparaît généralement en quelques heures, surtout si vous rincez l’œil avec du sérum physiologique. Si tout rentre dans l’ordre rapidement et que votre chien ne montre aucun signe de gêne, il n’y a pas de quoi paniquer.
Allergie saisonnière
Comme nous, certains chiens réagissent mal au pollen, aux acariens ou aux graminées. Les allergies se manifestent souvent par des yeux rouges, larmoyants, parfois gonflés. Vous remarquerez peut-être aussi des éternuements, un léchage excessif des pattes, des démangeaisons cutanées.
Ces symptômes apparaissent en général au printemps ou en été, quand les allergènes sont au rendez-vous. Si c’est récurrent chaque année à la même période, votre vétérinaire pourra proposer un traitement adapté pour soulager votre chien.
Conjonctivite simple
La conjonctivite est l’inflammation de la conjonctive, cette fine membrane qui recouvre l’œil et l’intérieur des paupières. C’est la cause la plus fréquente d’yeux rouges chez le chien.
Elle peut être d’origine allergique, mécanique (frottement de poils ou de cils mal implantés) ou infectieuse (bactéries, virus). Les yeux sont rouges, gonflés, parfois collés le matin à cause des sécrétions. Votre chien peut se frotter le museau avec ses pattes ou contre le canapé.
Même si elle paraît bénigne, une conjonctivite qui traîne peut s’aggraver. Mieux vaut consulter si les symptômes persistent plus de 48 heures.
Les causes graves qui nécessitent une consultation rapide
Ulcère cornéen
L’ulcère cornéen est une érosion de la surface transparente de l’œil. Dans 90 % des cas, il fait suite à un traumatisme : coup de griffe d’un chat, épillet coincé sous la paupière, branche qui fouette l’œil en pleine course.
Votre chien garde l’œil fermé, pleure abondamment, la cornée peut paraître trouble ou bleutée. La douleur est vive. Un ulcère non traité peut se creuser, s’infecter, voire perforer la cornée. C’est une urgence.
Le vétérinaire utilise un test à la fluorescéine pour révéler l’ulcère. Un colorant vert vif marque la zone lésée. Le traitement repose sur des collyres antibiotiques, parfois des cicatrisants, et une collerette pour éviter que le chien se gratte.
Glaucome
Le glaucome, c’est une augmentation brutale de la pression à l’intérieur de l’œil. L’œil devient rouge, gonflé, dur au toucher. La pupille reste dilatée, même en pleine lumière. Votre chien souffre énormément et peut perdre la vue en quelques heures si rien n’est fait.
Certaines races sont prédisposées : Cocker Spaniel, Basset Hound, Shar Pei, Chow-Chow. Le glaucome est une urgence absolue. Consultez dans les plus brefs délais, idéalement dans un service d’urgence vétérinaire.
Le traitement vise à diminuer la pression avec des collyres spécifiques, parfois une intervention chirurgicale. Plus vous agissez vite, meilleures sont les chances de préserver la vision.
Uvéite
L’uvéite désigne une inflammation de l’uvée, la tunique vasculaire interne de l’œil (iris, corps ciliaire, choroïde). Elle provoque une rougeur marquée, une douleur intense, une pupille qui reste contractée (au contraire du glaucome).
L’uvéite accompagne souvent des maladies générales graves : leishmaniose, maladie de Carré, infections bactériennes, traumatismes, tumeurs. Elle ne survient pas par hasard.
Le diagnostic repose sur un examen approfondi et parfois des analyses de sang. Le traitement combine anti-inflammatoires, collyres à base de corticoïdes et atropine pour soulager la douleur. Sans prise en charge, l’uvéite peut évoluer vers un glaucome secondaire.
Kératite et sécheresse oculaire
La kératite est une inflammation de la cornée. Elle peut être infectieuse, traumatique ou liée à une kératoconjonctivite sèche (KCS), cette maladie où l’œil ne produit plus assez de larmes.
Un chien qui souffre de sécheresse oculaire a les yeux rouges, secs, irrités, avec des sécrétions épaisses et jaunâtres. La cornée perd son éclat habituel et peut s’opacifier. Certaines races y sont prédisposées, notamment les petits gabarits.
Le test de Schirmer mesure la production de larmes. Si elle est insuffisante, le vétérinaire prescrit des larmes artificielles à vie, parfois un traitement immunomodulateur pour relancer les glandes lacrymales.
Anomalies des paupières
Certaines malformations des paupières irritent l’œil en permanence. L’entropion (paupière qui s’enroule vers l’intérieur) fait frotter les cils sur la cornée. L’ectropion (paupière qui s’éverse vers l’extérieur) expose la conjonctive aux agressions.
Les races brachycéphales et certains molosses sont touchés. Ces défauts provoquent des conjonctivites chroniques, des ulcères à répétition, des yeux rouges en permanence.
La solution est souvent chirurgicale. Une correction précoce évite les complications à long terme et améliore considérablement le confort de l’animal.
Les races particulièrement exposées
Tous les chiens peuvent avoir les yeux rouges, mais certaines races cumulent les facteurs de risque.
Les brachycéphales (Bouledogue français, Bouledogue anglais, Carlin, Boxer, Shih Tzu) ont des yeux globuleux, peu protégés, exposés aux chocs et aux irritations. Leur anatomie faciale favorise aussi les problèmes de paupières et la sécheresse oculaire.
Les races à poils longs au niveau du visage (Caniche, Bichon maltais, Berger) voient leurs poils frotter constamment la cornée si l’entretien n’est pas rigoureux.
Certaines races sont génétiquement prédisposées au glaucome : Cocker Spaniel, Basset Hound, Shar Pei, Boston Terrier, Chow-Chow. Une surveillance ophtalmologique régulière est recommandée dès le plus jeune âge.
Quand faut-il vraiment consulter un vétérinaire
Les signaux d’alerte à ne pas ignorer
Consultez sans tarder si vous observez l’un de ces signes :
Votre chien garde un œil fermé ou à demi fermé, signe de douleur.
L’œil est gonflé, protubérant, ou semble sortir de son orbite.
Vous constatez un écoulement purulent (jaune, verdâtre, épais).
La pupille est anormalement dilatée ou contractée, ou ne réagit plus à la lumière.
Un voile blanc, bleuté ou trouble apparaît sur la cornée.
Votre chien se frotte frénétiquement l’œil, gémit, refuse qu’on le touche.
Les symptômes persistent au-delà de 24 à 48 heures malgré un rinçage au sérum physiologique.
D’autres signes accompagnent la rougeur : fièvre, abattement, perte d’appétit, éternuements, écoulement nasal.
Dans ces cas, il ne s’agit plus d’une simple irritation. Vous êtes face à une affection qui peut compromettre la vue de votre chien.
Ce qui peut attendre (avec surveillance)
Une légère rougeur sans autre symptôme, après une promenade dans un endroit poussiéreux, peut se résorber naturellement. Rincez l’œil, surveillez pendant quelques heures.
Si votre chien reste vif, mange normalement, ne montre aucun signe de douleur et que la rougeur diminue progressivement, vous pouvez attendre. Mais restez vigilant. Dès que quelque chose change, direction le vétérinaire.
Ce que vous pouvez faire immédiatement
Nettoyer l’œil en douceur
Utilisez du sérum physiologique en dosettes individuelles, jamais une bouteille entamée depuis des semaines. Imbibez une compresse stérile (pas de coton, qui laisse des fibres) et passez-la délicatement de l’angle interne de l’œil vers l’extérieur.
Changez de compresse pour chaque œil, même si un seul est rouge. Vous évitez ainsi de transmettre une éventuelle infection.
Ce geste simple permet de retirer les impuretés, de soulager l’irritation et de mieux observer l’état de l’œil.
Éviter l’automédication
Ne mettez jamais de collyre pour humain dans les yeux de votre chien. Ce qui vous soulage peut aggraver son problème, notamment en cas d’ulcère cornéen.
Ne ressortez pas un vieux tube de pommade prescrit lors d’une précédente affection. Chaque pathologie oculaire a son traitement spécifique. Un antibiotique inadapté ou un corticoïde sur un ulcère infecté peut avoir des conséquences dramatiques.
Seul le vétérinaire peut prescrire le bon traitement après un examen complet.
Limiter les frottements
Si votre chien se gratte l’œil avec insistance, mettez-lui une collerette en attendant la consultation. Les griffures répétées sur un œil déjà fragilisé créent ou aggravent des lésions cornéennes.
Surveillez-le de près. Un chien qui se frotte violemment contre le sol ou les meubles peut se blesser gravement en quelques minutes.
Identifier et retirer l’irritant
Si vous soupçonnez un produit ménager, de la fumée ou un allergène d’être responsable, éloignez votre chien de la source. Aérez la pièce, évitez les vaporisateurs en sa présence.
Si vous repérez un corps étranger visible (poil, brindille), vous pouvez tenter de le retirer avec une compresse humide. Mais si c’est coincé sous la paupière ou si vous n’y arrivez pas, n’insistez pas. Direction le vétérinaire.
Le diagnostic et les traitements vétérinaires
Les examens réalisés
Le vétérinaire commence par un examen ophtalmologique complet. Il observe l’œil, les paupières, la cornée, la conjonctive, la pupille.
Le test à la fluorescéine révèle les ulcères. Le colorant adhère aux zones lésées et devient vert fluo sous lumière UV.
La tonométrie mesure la pression intraoculaire avec un tonomètre. Indispensable pour diagnostiquer un glaucome.
Le test de Schirmer évalue la production de larmes. Une bandelette de papier calibré est glissée sous la paupière inférieure pendant une minute.
La lampe à fente (biomicroscope) permet d’examiner en détail les structures internes de l’œil.
Selon les résultats, le vétérinaire peut demander des analyses sanguines pour détecter une maladie systémique.
Les traitements possibles
Le traitement dépend de la cause identifiée.
Collyres antibiotiques pour les infections bactériennes, les ulcères.
Anti-inflammatoires sous forme de gouttes ou de pommade pour les conjonctivites, les uvéites.
Larmes artificielles pour la sécheresse oculaire.
Traitements spécifiques pour le glaucome (collyres hypotenseurs, parfois chirurgie).
Collerette systématique pour éviter les frottements pendant la cicatrisation.
Dans certains cas (entropion, ectropion, glande de Harder luxée), une intervention chirurgicale est nécessaire.
L’importance du suivi
Ne stoppez jamais un traitement oculaire avant la fin, même si ça va mieux. Les rechutes sont fréquentes et souvent plus graves.
Respectez les fréquences d’administration. Un collyre prescrit quatre fois par jour doit être donné quatre fois, pas deux.
Revenez en consultation si l’état ne s’améliore pas après 48 à 72 heures de traitement, ou si de nouveaux symptômes apparaissent.
Prévenir les problèmes oculaires
La prévention, c’est du temps gagné et des soucis évités.
Nettoyez régulièrement les yeux de votre chien avec une solution ophtalmique adaptée, surtout s’il a les poils longs ou les yeux fragiles.
Après chaque promenade en forêt, à la plage ou dans les hautes herbes, inspectez ses yeux. Retirez tout ce qui pourrait irriter.
Coupez les poils qui tombent dans les yeux, sans toucher aux cils. Un toiletteur ou votre vétérinaire peuvent le faire si vous n’êtes pas à l’aise.
Évitez de fumer près de votre chien, limitez l’usage de sprays et de produits parfumés en sa présence.
Maintenez ses vaccins à jour. Certaines maladies virales graves (maladie de Carré) provoquent des uvéites.
Faites contrôler ses yeux lors des bilans annuels, surtout si votre chien appartient à une race à risque.
Un œil rouge n’est jamais anodin. Derrière cette rougeur se cache toujours une cause qu’il faut identifier. Parfois, c’est bénin et passager. Parfois, c’est grave et ça ne pardonne pas. Votre réactivité fait toute la différence. En cas de doute, consultez. Vous n’aurez jamais tort de demander l’avis d’un vétérinaire.
