
Déclencher la mise bas d’une chienne naturellement ?
Votre chienne approche du terme et vous guettez le moindre signe. Vous vous demandez si vous pouvez faire quelque chose pour l’aider à accoucher, accélérer les choses, ou simplement ne pas rester les bras croisés. C’est une réaction naturelle et légitime. Mais avant d’agir, il y a des réalités biologiques à comprendre, parce que confondre « accompagner » et « déclencher » peut coûter cher, parfois la vie des chiots.
Ce que « déclencher » signifie vraiment chez la chienne
La mise bas obéit à une cascade hormonale, pas à votre agenda
Le déclenchement du travail chez la chienne n’est pas un mécanisme qu’on active de l’extérieur. C’est une cascade hormonale précise, initiée par les fœtus eux-mêmes une fois leur maturité atteinte. Quand ils sont prêts, ils envoient un signal qui provoque la chute du taux de progestérone. C’est cette chute, et rien d’autre, qui enclenche les contractions utérines.
Tant que la progestérone reste élevée, l’utérus reste au repos. Aucun massage, aucune marche, aucune plante ne peut provoquer cette chute si l’organisme n’est pas prêt. Intervenir trop tôt, c’est risquer de mettre au monde des chiots immatures, incapables de survivre.
Les « remèdes naturels » qui circulent : ce qu’il faut en penser
Sur internet, vous trouverez des suggestions comme la marche prolongée, le massage abdominal, le framboisier ou la vitamine E pour « déclencher » la mise bas. Ces éléments ont leur utilité, mais pas celle qu’on leur prête souvent.
La feuille de framboisier et la vitamine E sont des compléments qui peuvent soutenir la tonicité utérine et la vitalité générale de la chienne pendant la gestation. Ils se donnent en amont, sur plusieurs semaines, pas à J+63 parce que rien ne se passe. La marche est bonne pour le bien-être physique de la future mère. Elle ne déclenchera pas un travail que son corps n’a pas initié.
Ce n’est pas une question de volonté ou de méthode. C’est une question de biologie.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Surveiller la température rectale : votre outil le plus fiable
C’est la seule mesure que vous pouvez réaliser vous-même et qui vous donne une information réelle sur l’imminence de la mise bas. La chute de la température rectale d’environ 1°C par rapport à sa moyenne habituelle précède le début du travail de 12 à 24 heures dans plus de 90 % des cas.
Pour que cette mesure ait du sens, il faut la prendre 4 à 5 fois par jour, nuit comprise, en commençant 4 à 5 jours avant la date présumée. Cela vous permet d’établir une référence propre à votre chienne et de détecter la chute au moment où elle se produit.
Quand la température chute, ne la quittez plus des yeux.
Préparer la zone de mise bas plusieurs jours avant
Une chienne qui ne connaît pas son espace de mise bas peut paniquer au moment du travail ou choisir des endroits inadaptés. Présentez-lui la caisse de mise bas au moins une semaine avant la date prévue pour qu’elle s’y sente en sécurité.
Cet espace doit être calme, peu éclairé, à l’abri des courants d’air, à température stable, et éloigné du passage. Pour les chiennes à poils longs, pensez à couper les poils autour des mamelles pour faciliter la tétée des chiots.
Rester présent sans interférer
Votre présence est précieuse, votre panique ne l’est pas. Une chienne en travail qui perçoit de l’anxiété autour d’elle peut ralentir, s’agiter, perdre confiance. Restez calme, observez, soyez prêt à intervenir sur des gestes précis : dégager une membrane si la chienne ne le fait pas elle-même, frotter doucement un chiot pour stimuler sa respiration, vérifier que le placenta a bien été expulsé après chaque naissance.
Vous comptez les placentas. Il doit y en avoir autant que de chiots. Un placenta retenu provoque une infection grave (métrite) dans les jours qui suivent.
Quand la mise bas ne se déclenche pas : les vraies causes
Le syndrome du chiot unique
C’est une situation plus fréquente qu’on ne le croit, notamment chez les grandes races. Lorsqu’un seul fœtus est présent, le signal hormonal qu’il envoie n’est pas toujours détecté par l’organisme maternel. Le travail ne démarre pas, non pas parce que quelque chose va mal, mais parce que le mécanisme de déclenchement n’a pas reçu le signal suffisant.
Dans ce cas, une césarienne programmée est souvent la solution. Elle ne peut être décidée qu’en connaissant la date d’ovulation, car c’est elle qui garantit la maturité fœtale au moment de l’intervention.
L’inertie utérine
Parfois, la chienne présente des contractions visibles mais n’expulse aucun chiot. L’utérus s’épuise, surtout lors de portées nombreuses. Cette inertie utérine ne se résout pas à domicile. C’est une urgence vétérinaire.
Le déclenchement médical : une décision qui ne vous appartient pas
Il existe des protocoles médicaux pour déclencher ou stimuler le travail : l’aglépristone provoque la chute hormonale nécessaire, l’ocytocine stimule les contractions une fois le col dilaté. Ces molécules, mal utilisées ou utilisées trop tôt, peuvent provoquer la mort des fœtus ou une rupture utérine.
Seul un vétérinaire peut décider de les administrer, après avoir vérifié que les fœtus sont matures, que le col est ouvert et qu’il n’y a pas de dystocie mécanique. Ce n’est pas un choix que vous pouvez faire vous-même, quelle que soit votre expérience.
Les signaux d’alerte qui imposent un appel vétérinaire immédiat
Certaines situations ne souffrent aucune attente.
- Des contractions actives depuis plus de 30 à 60 minutes sans expulsion d’un chiot
- Des pertes verdâtres ou noirâtres avant la naissance du premier chiot (une perte verdâtre après le premier est normale)
- Une chienne prostrée, tremblante ou incapable de se lever
- La date théorique de mise bas dépassée de plus de 24 à 48 heures sans aucun signe de travail, avec une température rectale revenue à la normale
25 % de la mortalité néonatale est liée à une dystocie ou à une mise bas de longue durée. Chaque heure compte.
Le cas particulier des races brachycéphales
Si votre chienne est un Bouledogue français, un Bulldog anglais ou un Chihuahua, la recherche d’un déclenchement naturel n’est pas la bonne question. Ces races présentent des risques de disproportion entre la tête des chiots et le bassin maternel qui rendent la mise bas vaginale dangereuse, voire impossible.
La césarienne programmée est souvent l’option recommandée d’emblée par les vétérinaires spécialisés en reproduction. Elle se planifie à l’avance, en connaissant la date d’ovulation. Si vous avez une chienne de ces races, la conversation avec votre vétérinaire doit avoir lieu bien avant le terme, pas le soir où vous vous demandez ce que vous pouvez faire.