Vous l’avez sûrement déjà vu tourner en rond, accélérer, ralentir, puis mordiller frénétiquement sa queue. Parfois ça vous fait sourire, parfois ça vous inquiète. Ce comportement est fréquent, mais il ne faut pas le prendre à la légère quand il se répète. Savoir distinguer le jeu de l’alerte vous permettra d’agir au bon moment et d’éviter que la situation ne dégénère.
Chez le chiot, un comportement normal de découverte
Un jeune chien découvre son corps. Sa queue bouge toute seule, elle attire son attention, il essaie de l’attraper. C’est un jeu, rien de plus. Ce comportement est courant entre deux et six mois et disparaît naturellement en grandissant.
Le problème survient quand vous manifestez trop d’intérêt à ce moment-là. Si vous riez, si vous intervenez, si vous filmez la scène avec enthousiasme, votre chiot enregistre que ce comportement attire votre attention. Il peut alors le reproduire à l’âge adulte pour obtenir la même réaction de votre part.
Dans ce cas, la solution est simple : ignorez-le complètement quand il se mord la queue. Pas de regard, pas de commentaire, pas de geste vers lui. Il comprendra rapidement que cette stratégie ne fonctionne plus et abandonnera de lui-même.
Quand la queue devient un exutoire : stress, anxiété et ennui
Un chien qui se mord la queue de manière répétée à l’âge adulte exprime souvent un malaise émotionnel. Le stress est l’une des causes les plus fréquentes. Un déménagement, l’arrivée d’un bébé, un nouvel animal dans la maison, des travaux bruyants, un changement de rythme peuvent perturber votre compagnon.
Certains chiens gèrent mal leurs émotions. Ils ne savent pas comment évacuer une frustration, une anxiété ou un trop-plein d’excitation. Alors ils se rabattent sur leur propre corps. Ils tournent en rond, attrapent leur queue, la mordent jusqu’à se blesser parfois. C’est ce qu’on appelle de l’automutilation.
Ce mécanisme de substitution leur permet de transférer une émotion trop intense vers un objet, en l’occurrence une partie de leur corps. Le chien qui ne parvient pas à gérer son stress peut aussi lécher compulsivement ses pattes, mâchouiller un coussin ou détruire un objet.
L’ennui joue également un rôle majeur. Un chien sous-stimulé, qui ne sort pas assez, qui n’a pas de jouets adaptés, qui reste seul trop longtemps, finit par tourner en rond au sens propre. Il cherche à s’occuper, à décharger son énergie. Sa queue devient alors un défouloir facile.
Quand ce comportement devient quotidien, obsessionnel, qu’il dure plusieurs minutes voire plusieurs heures par jour, on parle de trouble obsessionnel compulsif (TOC). Certaines races sont génétiquement prédisposées, notamment le Bull Terrier et le Berger Allemand à poil long. Chez ces chiens, on suspecte un dysfonctionnement neurologique lié à la dopamine. Le comportement apparaît souvent à la puberté et peut s’aggraver avec l’âge.
À ce stade, le chien ne peut plus s’arrêter seul. Il est en souffrance. Rien ne parvient à détourner son attention. L’intervention d’un professionnel devient indispensable.
Les causes médicales à ne pas négliger
Votre chien ne se mord pas forcément la queue par stress. Il peut aussi simplement avoir mal ou ressentir une gêne physique intense. Avant de penser au comportemental, il faut toujours écarter les causes médicales.
Les puces sont les premières suspectes. Ces parasites se concentrent souvent à la base de la queue et dans la région sacro-lombaire. Leurs morsures provoquent des démangeaisons intenses. Le chien se gratte, se mord, parfois jusqu’à provoquer des lésions cutanées, des croûtes, une perte de poils. Une seule piqûre peut déclencher une réaction allergique chez un chien sensible.
Les infections cutanées peuvent aussi être en cause. L’infection à levure Malassezia touche fréquemment la peau du dos de la queue. Elle entraîne une desquamation excessive, une production anormale de sébum, des rougeurs et des démangeaisons parfois insupportables. Certaines races comme le West Highland White Terrier, le Beagle, le Springer Spaniel ou le Cocker y sont plus sensibles.
Les glandes anales engorgées ou infectées provoquent une douleur intense. Le chien ne parvient pas toujours à atteindre directement la zone douloureuse avec sa gueule, alors il se rabat sur sa queue ou ses flancs. Vous remarquerez qu’il se frotte l’arrière-train au sol, qu’il se lèche de manière compulsive, qu’il gémit parfois. Si les glandes ne sont pas vidées, l’infection peut s’aggraver et former un abcès.
Une blessure peut aussi expliquer ce comportement. Une morsure lors d’une bagarre, une brûlure, une plaie infectée, une irritation due à un produit ménager. Si vous observez du sang, une zone rouge, gonflée ou chaude au toucher, consultez rapidement.
Enfin, les douleurs articulaires ou vertébrales ne doivent pas être sous-estimées. La queue se trouve à l’extrémité de la colonne vertébrale. Une gêne au niveau de l’os sacrum, une arthrose des hanches, un problème de disque peuvent pousser le chien à mordiller cette zone. Ce type de douleur est plus fréquent chez les chiens âgés, mais certaines races de grande taille y sont exposées plus jeunes.
Dans tous ces cas, le chien ne joue pas. Il souffre. Les signes associés sont clairs : gémissements, léchage insistant, refus de bouger, changement de comportement, zone inflammée ou abîmée.
Ce que vous pouvez faire à la maison
Face à un chien qui se mord la queue, votre première mission consiste à observer. Quand cela arrive-t-il ? Après une frustration ? Quand il s’ennuie ? Après une sortie en forêt ? La fréquence compte autant que le contexte.
Inspectez ensuite sa queue et son arrière-train. Écartez les poils, vérifiez qu’il n’y a pas de parasites, de plaies, de rougeurs ou de croûtes. Palpez doucement pour détecter une zone douloureuse. Si vous trouvez quelque chose d’anormal, direction le vétérinaire.
Si le comportement semble lié à la recherche d’attention, ignorez-le totalement. Ne le regardez pas, ne lui parlez pas, ne le touchez pas. Attendez qu’il se calme, puis proposez-lui une activité ou un jeu. Vous lui montrez ainsi que tourner en rond ne sert à rien, mais que demander poliment fonctionne.
Lorsque vous le prenez sur le fait, redirigez-le immédiatement. Proposez-lui un jouet à mâcher, lancez une balle, initiez une session de jeu. L’idée est de lui offrir un exutoire plus sain et plus intéressant que sa propre queue.
Si vous suspectez de l’ennui, augmentez les sorties et la stimulation mentale. Une promenade supplémentaire, des jeux de flair, des jouets d’occupation type Kong fourré, des séances d’éducation positive. Un chien fatigué physiquement et mentalement ne cherche pas à se mordre la queue.
Ne criez jamais, ne punissez jamais. Cela ne ferait qu’ajouter du stress et aggraver le problème. Votre chien ne comprend pas qu’il fait quelque chose de mal. Il répond à une émotion ou à une douleur qu’il ne maîtrise pas.
Quand consulter un professionnel
Certains signes doivent vous alerter immédiatement. Si le comportement devient quotidien, répétitif, s’il dure plusieurs minutes d’affilée sans que votre chien parvienne à s’arrêter, c’est que le problème a pris de l’ampleur.
La présence de plaies, de sang, de perte de poils ou de lésions cutanées impose une consultation vétérinaire rapide. Même une petite plaie peut s’infecter si le chien continue à la lécher et à la mordiller.
Les gémissements ou les signes de douleur doivent aussi vous pousser à agir vite. Votre chien vous dit qu’il souffre. Ne laissez pas traîner.
Si vous avez tenté de rediriger le comportement, d’augmenter les sorties, de l’ignorer quand il cherche l’attention, et que rien ne change, il est temps de consulter.
Commencez toujours par votre vétérinaire. Il procédera à un examen complet, recherchera des parasites, vérifiera l’état de la peau, palpera les articulations, videra si nécessaire les glandes anales. Il pourra aussi prescrire des examens complémentaires si une cause neurologique ou hormonale est suspectée.
Si l’examen médical ne révèle rien, orientez-vous vers un éducateur comportementaliste canin ou un vétérinaire comportementaliste. Ces professionnels identifieront l’origine du trouble émotionnel et vous proposeront un plan d’action adapté. Cela peut passer par des modifications de l’environnement, des exercices de gestion des émotions, parfois un traitement anxiolytique dans les cas les plus sévères.
Les deux approches peuvent être complémentaires. Soigner une infection cutanée ne résoudra rien si le chien se mord la queue par anxiété. Inversement, travailler sur le comportement sans traiter une douleur physique ne donnera aucun résultat.
Un chien qui se mord la queue ponctuellement ne doit pas vous angoisser. En revanche, un comportement qui s’installe, qui s’intensifie ou qui s’accompagne de signes physiques mérite votre attention. Observer, agir vite et consulter sans attendre vous permettra d’éviter des complications et de préserver le bien-être de votre compagnon.
